Lot 37
  • 37

Francis Picabia

Estimate
650,000 - 950,000 EUR
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Description

  • Francis Picabia
  • SAINT SÉBASTIEN
  • signé Francis Picabia (en bas à gauche); titré Saint Sébastien (en haut à droite)
  • huile sur toile

  • 195 x 130 cm; 76 3/4 x 51 1/8 in.

Provenance

Michael Werner Gallery, Cologne
Kent Fine Art, Inc., New York
Acquis du précédent par le propriétaire actuel en 1990

Exhibited

Cologne, Galerie Michael Werner; Berlin, Galerie Springer; Hamburg, Galerie Neuendorf; Munich, Fred Jahn, Francis Picabia, 1980, no. 4, illustré p. 52
Edimbourg, Scottish National Gallery of Art; Francfort, Galerie Neuendorf, Picabia, 1988, no. 32
New York, Kent Fine Art, Inc., Francis Picabia: Accomodations of Desire, 1989, no. IX
Chicago, Museum of Contemporary Art, Towards the Future: Contemporary Art in context, 1990

Condition

The canvas is not lined. Apart from two 1x1cm spots of retouching and tiny scatterd retouchings, visible under ultraviolet light and mostly near the lower edge, this work is in very good original condition.
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Catalogue Note

signed 'Francis Picabia' (lower left) and titled 'Saint Sébastien' (upper right), oil on canvas. Painted in 1929.

Fig. 1, Picabia dans son atelier, vers 1929

Fig. 2,  Andrea Mantegna, Le Martyre de Saint Sébastien, 1480, huile sur toile, Musée du Louvre, Paris

Fig. 3, Piero della Francesca, Polyptique de la miséricorde (détail), vers 1445-1448, huile et tempera sur panneau, Pinacothèque communale, Sansepolcro

 

"La carrière artistique de Picabia est une série kaléidoscopique d'expériences. Elles sont à peine apparentées l'une à l'autre dans leur aspect extérieur, mais toutes sont fortement marquées par une forte personnalité" (Marcel Duchamp, cité in Francis Picabia, classique et merveilleux (catalogue d'exposition), préface, Galerie Beaubourg, Vence, 1998).

A la fin des années 1920 et au début des années 1930, Picabia peint un cycle d'œuvres connues sous le nom de Transparences. Si l'intitulé évocateur s'inspire du procédé même consistant à superposer différents motifs et images, l'effet est des plus troublants.

Selon Michel Sanouillet, il conviendrait de "renoncer à appréhender dans son ensemble autrement que sous la forme d'une vague impression ou d'une sensation confuse"  ces transparences qui  "se présentent d'abord comme un entrelacs inextricable plus ou moins gracieux de lignes et de volumes" (cité in Francis Picabia, classique et merveilleux, op. cit.).

Réalisées entre 1927 et 1928, les premières transparences sont exposées dès septembre 1928 à Paris, galerie Théophile Briant. Après le discours excentrique et facétieux des années dada, les transparences inaugurent une nouvelle pensée picturale, plus structurée, plus historique aussi. C'est là précisément le deuxième niveau de lecture possible de cette série : un niveau ou plutôt des niveaux de lectures qui n'ont pas seulement trait à la surface picturale de la toile, c'est-à-dire à la technique du peintre, mais aux sens et aux influences qui l'inspirent et qui s'y télescopent.

Les Transparences sont, de ce point de vue, symptomatiques du retour à la Renaissance qui s'opère dans ces années et dans tout l'œuvre de Picabia. Au-delà des artistes qu'il connait et étudie au premier rang desquels Dürer, Piero della Francesca ou encore Botticelli, c'est un thème récurrent qu'il emprunte à cette période de l'histoire où dominent humanisme et idéal néo-platonicien : celui du martyre de Saint-Sébastien. Il faut dire qu'au-delà de la figure populaire et de la signification religieuse, le jeune saint dans toute sa douleur et sa nudité est prétexte à la représentation de la beauté plastique et du corps dans ses proportions idéales. Figure centrale de l'œuvre de Picabia, il lui a sans doute été inspiré par le Saint Sébastien (Fig. 1) de Mantegna conservé au Louvre et le Polyptique de la miséricorde (Fig. 2) de Piero della Francesca conservé à la pinacothèque communale de Sansepolcro.

A ces références quasi-littérales, s'ajoutent celles, moins immédiates mais non moins lisibles dans la figure de femme nue à gauche du saint Sébastien comme dans la silhouette hiératique de l'aigle, sur la droite. Néréide ou naïade, nymphe ou déesse, l'origine de la femme sculpturale qui encadre la composition à gauche est à rechercher davantage, semble-t-il, du côté de l'Antiquité et de la mythologie. A cet égard, l'œuvre réalisée en 1929 serait le symbole avant coureur du nouvel intérêt de Picabia pour le classicisme grec et romain qui s'affiche à l'occasion de l'exposition Trente ans de peinture, de l'impressionnisme à Dada qu'organise en 1930 Léonce Rosenberg.

La préface du catalogue à cet égard est exemplaire de la démarche dans son ensemble. L'artiste déclare : "Lorsque je pose la première pierre, elle se trouve sous mon tableau et non dessus. Les moyens d'activité moderne barbarisent. Moi, je veux une expression plus grandiose avec une sûreté de la main et une bravoure implacables, sans la crainte de soi-même. Je veux un tableau ou tous mes instincts puissent se donner libre cours" (Francis Picabia in Exposition Francis Picabia (catalogue d'exposition), Léonce Rosenberg, Paris, 1930).

Le Saint Sébastien de 1929 où l'élément minéral, caractéristique de l'œuvre de Picabia,  fait le lien entre les différents référents, est ainsi une œuvre d'une grande puissance évocatrice où sédimentation des références iconographiques et stratification visuelles des plans et des images, participent d'une même intention : la recréation du réel dans un espace-temps démultiplié où c'est sans entraves que la liberté de l'artiste trouve à s'exprimer.

 

"Picabia's artistic career is a kaleidoscopic series of experiences.  Outwardly each one seems unrelated to the others, but they all bear the hallmark of a strong personality" (Marcel Duchamp, cited in Francis Picabia, classique et merveilleux (catalogue d'exposition), préface, Galerie Beaubourg, Vence, 1998).

In the late 1920s and early 1930s, Picabia painted a series of works known as the Transparencies. Though the evocative title was inspired by the process of superimposing different motifs and images, the effect was more disturbing: a sensation of emptiness and vertigo emerging from between the lines of a translucent palimpsest. 

According to Michel Sanouillet, one should "renounce perception of the whole" of these transparencies, "other than in the form of a vague impression or a confused sensation" as the works "are presented as an inextricable, more or less graceful tracery of lines and shapes" (in Francis Picabia, classique et merveilleux, op. cit.).

Created between 1927 and 1928, the first transparencies were exhibited in September 1928 at Galerie Théophile Briant in Paris. After the eccentric and facetious discourse of the Dada years, the transparencies heralded a new pictorial theory, one that was more structured and also more historical. This is the second level of reading possible for this series: a reading that does not simply study the pictorial surface of the canvas, that is to say the painter's technique, but also the layers of meaning and influences that have inspired him.

From this point of view the Transparencies are symptomatic of a return to the Renaissance which runs throughout this period and indeed the entirety of Picabia's oeuvre. Following in the footsteps of the artists he had studied such as Dürer, Piero della Francesca and Botticelli, he borrowed a recurring theme from this period of history where Humanism and Neo-Platonist ideals dominated: the martyr of Saint Sebastian. Moving beyond the popular figure and its religious significance, the pain and nakedness of the young saint is the pretext for a representation of visual beauty and the body in its ideal proportions. A central figure in Picabia's oeuvre, he was no doubt inspired by the Saint Sebastian (fig.1) by Mantegna in the Louvre and by Piero della Francesca's Polyptych of the Misericordia (fig.2) housed in the Pinacoteca Comunale in Sansepolcro.

As well as these quasi-literary references, there are others that though less immediate are nevertheless equally discernible such as the figure of the naked woman to the left of Saint Sebastian and the solemn eagle silhouetted to the right. Nereid or naiad, nymph or goddess, the origin of the statuesque woman who frames the composition on the left may be sought in the realms of antiquity as well as mythology. From this perspective, the 1929 work is a prime example of the new found interest in Greco-Roman classicism that Picabia demonstrated in the exhibition Thirty Years of Painting, from Impressionism to Dada that Léonce Rosenberg organised in 1930.

His preface to the exhibition catalogue is revealing of his overall process. The artist declares: "From the moment I place the first stone, it is situated underneath my painting and not upon it. Modern techniques are barbaric. Personally I want a more grandiose expression with a sureness of touch and an implacable bravery, with no fear of oneself. I want a painting where all my instincts can be given free reign" (Francis Picabia in Exposition Francis Picabia (catalogue d'exposition), Léonce Rosenberg, Paris, 1930).

The mineral element, a characteristic of Picabia's oeuvre, here binds the diverse references to create a work of great evocative power where the sedimentation of iconographic references and the visual layering of planes and images all contribute towards a singular aim: the recreation of the real in a paired down time and space where, unfettered, the artist's freedom finds expression.