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Rare et belle statue, Baulé ou Sénufo, Côte d'Ivoire
Estimate
60,00080,000
LOT SOLD. 300,750 EUR
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Rare et belle statue, Baulé ou Sénufo, Côte d'Ivoire
Estimate
60,00080,000
LOT SOLD. 300,750 EUR
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Details & Cataloguing

African & Oceanic Art

|
Paris

Rare et belle statue, Baulé ou Sénufo, Côte d'Ivoire
A la forme demeurée fidèle au bois dans lequel il a été sculpté, répond – par un unique jeu de plein et de vide - un corps d'une modernité saisissante. Prenant appui sur une courte base cylindrique, il s'étire avec une légèreté infinie pour faire glisser le regard vers la tête Janus. Très belle opposition entre la géométrie abstraite du corps et le traitement idéalisé des visages, la rondeur de la tête amplifiant l'intensité des traits resserrés et délicatement modelés de la face « en cœur ». Au sommet de la tête, une protubérance porte les traces d'une ancienne charge. Belle patine nuancée, brun rouge et brillante sur le corps, croûteuse sur le bas du visage et les épaules. 
haut. 113 cm
44 1/2 in
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Provenance

Léopold Sedar Senghor, Sénégal
Collection André Malraux, Paris
Collection Sophie de Vilmorin, Paris

Literature

Reproduite dans :
Malraux, l'Intemporel, 1976 : 274, 275 et 423
Corty, Collections du bout du monde, 2003 : 64

Citée dans :
Vilmorin (de), Aimer encore, 2000 : 166
Saint-Cheron (de), Notre Malraux, 1979 : 100

Catalogue Note

« Alors qu'au Musée imaginaire, la plus nocturne sculpture du monde accompagne, appelle l'art le plus pur de l'Afrique, le grand Janus Dogon » (André Malraux, 1977 : 275).

Cette statue Janus, d'une modernité saisissante,  résume au plus haut point les liens nourris par André Malraux envers l'art et la culture du continent africain, et ses grands intellectuels. Lui rendant un dernier hommage, Senghor dira de lui : « Je crois que je n'ai jamais lu, sur la civilisation négro-africaine, sur l'art nègre, quelque chose de si profond que les pages de Malraux » (in de Saint-Cheron, 1979 : 85). En 1962, alors Ministre de la Culture, André Malraux transforme le Musée des Colonies, à Paris, en Musée des Arts d'Afrique et d'Océanie, voué à la valorisation et à la conservation du patrimoine d'un continent désormais indépendant. Quatre ans plus tard, en 1966, il est invité à Dakar par Léopold Sedar Senghor pour inaugurer à ses côtés le Premier Festival Mondial des Arts Nègres, et reçoit des mains de Senghor cette statue,  désignée comme « Janus Dogon ».

Attribuée aux Dogon par Senghor puis Malraux, la conception du visage la rattache en fait à l'art des sculpteurs Baulé. cf. Vogel (1999 : 230 – 231) pour une statue Janus dans la collection Brian et Diane Leyden, « certainement faite pour un devin médiumnique car elle est pratiquement unique dans l'art Baulé ». Sa dimension, sa forme (dont la base cylindrique), de même que l'essence du bois dur, brun jaune, invitent à l'attribuer à un sculpteur de la région Baulé orientale, où ces derniers étaient en contact avec les peuples du nord-est de la Côte d'Ivoire, à savoir en particulier les Sénufo.

Si la main est vraisemblablement celle d'un artiste Baulé situé dans la région frontalière des pays Baulé et Sénufo, on ne peut exclure, du fait de sa forme, l'hypothèse d'une commande Sénufo pour une utilisation en tant que déblé, dans le cadre des rituels du poro. Une photographie (ref. AR.1999) prise en 1963 au Museum of Primitive Art, à New York, lors de l'exposition Senufo Sculpture from West Africa montre, à l'arrière plan de la vue d'ensemble des statues deblé, une sculpture de conception plastique très étroitement apparentée.

Œuvre probablement unique, illustrant superbement la perméabilité des aires stylistiques, d'une conception plastique infiniment moderne et d'une interprétation demeurant à ce jour peu certaine, il est emblématique que Malraux l'ait précisément choisie pour illustrer, dans l'Intemporel, le chapitre dédié, pour son Musée imaginaire, aux « arts sauvages – et d'abord le plus complexe, le plus profond, le plus étendu, la sculpture africaine » (idem : 277-278).

A fine and rare Baule/Senufo figure, Côte d'Ivoire

'Whilst at the imaginary museum, the most night-like sculpture of the world accompanies me, the purest art of Africa, the great Dogon Janus' (André Malraux, 1974: 275)

Striking in its modernity, this Janus figure sums up the bonds which André Malraux encouraged between African art and culture and its great intellectuals. Paying him a last homage, Léopold Sedar Senghor said 'I don't believe that I have ever read anything as profound about sub-Saharan African civilization and art as I have in Malraux' (in Saint-Cheron, 1979: 85). In 1962, then Minister for the Culture, André Malraux transformed the Museum of the Colonies, in Paris into the Museum of the Arts of Africa and Oceania, a museum dedicated to the valorisation and conservation of the inheritance of an independent continent. Four years later, in 1966, Senghor invited Malraux to Dakar to inaugurate the First World Festival of Negro Arts. It was during this visit that Malraux received this Janus figure, at the time attributed to the Dogon, from Senghor.

Allotted to the Dogon by Senghor and then Malraux, the design of the face would suggest that the figure is the work of a Baule sculptor. See Vogel (1999: 230 – 231) for a 'unique' Janus figure, made for a diviner, in the Brian and Diane Leyden collection. The size and form (in particular the cylindrical base) of the offered figure, and the kind of hard brown-red wood in which it was carved invite one to attribute this figure to a carver from the eastern Baule area, where the Baule were in contact with the people of the north-east of the Ivory Coast, in particular the Senufo.

Whilst in all likelihood the hand is that of a Baule artist from the border of the Baule and Senufo country, the figure's form means that one cannot exclude the possibility that it was commissioned by a Senufo for use as a deble in the poro society. A photograph (ref. AR. 1999) taken in 1963 at the Museum of Primitive Art, New York at the time of the Senufo Sculpture from West Africa exhibition shows a sculpture of similar form at the back of a group of deble figures.

Probably unique, this figure is a superb illustration of the permeability between stylistic areas. Of a highly modern plastic design, and of a somewhat uncertain date, it is symbolic that in the discussion of his 'imaginary museum' Malraux chose to use the Janus figure to illustrate the chapter on 'savage arts – and, first of all, the most complex, the most profound, and the most extensive – African sculpture' (ibid.: 277-278).

African & Oceanic Art

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