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Art Impressionniste et Moderne

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Paris

Marc Chagall
1887 - 1985
LES MARIÉS SOUS LE BALDAQUIN
signé Marc Chagall (en bas à droite); signé Marc Chagall (au dos)
huile et gouache sur toile
81,1 x 60,1 cm ; 31 7/8 x 23 5/8 in.
Peint vers 1978-80.
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L'authencité de cette œuvre a été confirmée par le Comité Marc Chagall.

Provenienz

Galerie Lelong, Paris
Collection particulière
Galerie Boulakia, Paris
Collection particulière, Etats-Unis (acquis auprès du précédent le 16 septembre 2003)
Vente : Sotheby's, New York, 8 novembre 2007, lot 427
Acquis lors de cette vente par le propriétaire actuel

Katalognotizen

signed 'Marc Chagall' (lower right); signed 'Marc Chagall' (on the reverse); oil and gouache on canvas. Painted circa 1978-80.
 

Peinte au moment de l’exposition Paris- Moscou au Centre Pompidou à Paris en 1979 et quelques années avant la mort de Chagall, Les Mariés sous le baldaquin est l’œuvre de synthèse par excellence.

Si le thème du mariage parcourt tout l’œuvre du peintre – depuis Vitebsk où il rencontre Bella, sa future femme en 1909 – on prend la mesure de l’évolution de son art en comparant une toile comme La Noce ou Le Mariage (1911, Paris, Musée national d’Art Moderne) avec Les Mariés sous le baldaquin. 

A travers et au-delà du répertoire iconographique commun, splendeurs et misères de la vie (l’exil aux Etats-Unis en 1941, la disparition de Bella en 1944) séparent ces deux toiles. Avec Les Mariés sous le baldaquin, de nouveau la splendeur. Celle du moment ultime où Chagall parvient à transcender les motifs de sa jeunesse pour composer l’ode à la joie vers laquelle tout son œuvre tend.

Figures dominantes de la rhétorique picturale de Chagall comme le sont les coqs, les ânes et les musiciens, les mariés se dépouillent ici de leur caractère peu ou prou autobiographique et convolent jusqu’à atteindre, comme dans Les Mariés sous le baldaquin, une signification allégorique traditionnelle. Universelle pourrait-on dire. Tandis que le bonheur conjugal ne se résume plus exclusivement aux traits de Bella, le folklore nuptial est quant à lui réduit à quelques éléments essentiels : le coq (porte-bonheur), le baldaquin (khouppa), le cortège de musiciens (dont un joueur de flûte).

Dans une œuvre comme Les Mariés sous le baldaquin, la narration se concentre en une unité de lieu, de temps et d’action. Point de litanie de personnages : les jeunes mariés occupent l’espace, le premier plan et l’attention. Exemplaire d’un classicisme qui est celui de la maturité, Les Mariés sous le baldaquin n’en font pas moins la preuve de l’intégrité des pouvoirs de conteur de Chagall.

Ces pouvoirs de conteur et d’enchanteur, la lumière et les couleurs en sont les passeurs. De la période cubiste des années 1910, il reste, dans Les Mariés sous le baldaquin, la puissance de la diagonale (épousant l’axe de la rue et ouvrant symboliquement la nouvelle perspective du mariage). Il demeure aussi la conjonction - touchant à la confusion - des plans. Ce principe structurel (commun au cubisme et au constructivisme russe) ne peut être qu’immuable chez Chagall. Car il nous semble consubstantiel à l’ordonnancement de "son monde" : un monde qui remet en cause la logique euclidienne et où règne l’interchangeabilité des figures, des animaux, des objets.

Dans Les Mariés sous le baldaquin cependant, c’est bel et bien par la couleur que s’opère l’unification de l’espace. Le jaune où se confondent terre et ciel, où se consume probablement l’amour des époux, est aussi divin qu’il est changeant. Evoquant a priori les fonds d’or des œuvres de la première Renaissance et ceux des icônes orthodoxes, il s’enrichit ici de fabuleuses nuances. Si d’aucuns décèlent dans ces moirures les trépidations du cœur, on se souviendra également, qu’à la fin de sa vie, Chagall faisait de l’art du vitrail une expérience intense. L’œuvre en resplendit d’autant.

 

Painted at the time of the Paris-Moscow exhibition at the Centre Pompidou in 1979 and a few years before Chagall’s death, Les Mariés sous le baldaquin is a work of ultimate synthesis.

If the wedding theme runs through all of the painter’s work – from Vitebsk where he met Bella, his future wife in 1909 – the evolution of his art can be assessed when comparing a canvas such as La Noce ou Le Mariage (1911, Paris, Musée national d’Art Moderne) with Les Mariés sous le baldaquin. 

 Across and beyond the communal iconographic repertory, the splendour and misery of life (exiled to the United States in 1941, the death of Bella in 1944) separate these two works. With Les Mariés sous le baldaquin, splendour is back again. That of the ultimate moment when Chagall succeeds in transcending the motifs of his youth in order to create an ode to the joy towards which all his work strains.

The bride and groom like the cockerels, donkeys and musicians, are dominant figures in Chagall’s pictorial rhetoric and divest themselves of their more or less autobiographical character in order to join with a more traditional allegorical or even universal meaning in Les Mariés sous le baldaquin. Whilst marital happiness can no longer be resumed exclusively in the figure of Bella, nuptial folklore is reduced to a few essential elements: the cockerel (lucky charm), the four-poster bed (khouppa), the procession of musicians (including a flute player).

In a painting such as Les Mariés sous le baldaquin, the story is focused on a unity of place, time and action. A point of litany of all the characters, the young married couple occupy the space, the foreground and all our attention. The perfect example of a classicism born of maturity, Les Mariés sous le baldaquin is nevertheless proof of Chagall’s powers as a storyteller.

Light and color are the means of relaying these powers of storyteller and enchanter. From the cubist period of 1910 remains, in Les Mariés sous le baldaquin, the power of the diagonal (espousing the line of the road and opening symbolically the new perspective of marriage). The conjunction – almost confusion – of planes also remains. This structural principle (common to cubism and Russian constructivism) is unchanging with Chagall. As it seems to be consubstantial to the ordering of “his world”: a world that questions Euclidean logic and where interchangeable animals, figures and objects reign.

In Les Mariés sous le baldaquin however, it is indeed through colour that space is unified. Yellow, where earth and sky merge, where the couple’s love is probably consummated, is as divine as it is changeable. Reminiscent of the gold background of early Renaissance paintings or orthodox icons, it is enhanced here by fabulous nuances. If some read the heart’s trepidation in these shimmerings, we must also remember that towards the end of his life Chagall began an intense interest in the art of stained-glass windows. This work shines with the same radiance.


 

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