198
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[Méry Laurent]
LIBER AMICORUM DE MÉRY LAURENT. [1875-FIN DES ANNÉES 1890].
Schätzung
50.00080.000
Los Verkauft 231,000 EUR (Hammerpreis mit Käuferprovision)
ZU LOS SPRINGEN
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[Méry Laurent]
LIBER AMICORUM DE MÉRY LAURENT. [1875-FIN DES ANNÉES 1890].
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50.00080.000
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De la bibliothèque Stéphane Mallarmé

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Paris

[Méry Laurent]
LIBER AMICORUM DE MÉRY LAURENT. [1875-FIN DES ANNÉES 1890].
Objet personnel de l'amie de Mallarmé, contenant 89 de ses poèmes.

Album in-8 (220 x 147 mm). Feutrine cramoisie, coins, chiffre en bronze doré de Méry Laurent et fermoir en bronze ciselé et doré, gardes de soie moirée rouge, tranches marbrées sur dorure, clef. Étiquette de la papeterie Édouard Vié, rue de la Paix.
Tissu restauré, récemment remplacé par une feutrine de couleur identique.

Cet objet magnifique fut utilisé par Méry Laurent de 1875 à la fin des années 1890, de l’époque de son installation rue de Rome jusqu’à peu de temps après la mort de Mallarmé. Il présente des vers, dessins et divers autographes des nombreuses personnalités qui fréquentaient son salon rue de Rome et sa maison "des Talus", boulevard Lannes.

Les dédicaces témoignent des différents milieux dans lesquels cette demi-mondaine évoluait. Parmi les signatures, on peut distinguer ces principaux cercles :

Le monde du spectacle : plusieurs acteurs, chanteurs d’opéra, musiciens, etc. Parmi les compositeurs, citons Jacques Offenbach (?) (portée musicale, incipit de l’air de Vénus dans Orphée aux enfers) et Lucien Poujade (portée musicale). Ces signatures apparaissent surtout dans la première partie de l’album de Méry, qui avait fait ses débuts au théâtre.

Les médecins : la protégée du dentiste américain Evans avait une attraction pour le corps médical, et plusieurs médecins ont marqué leur attachement en signant l’album de la belle Méry. Grivois, le directeur de l’Odéon demande à un médecin spécialiste des maladies vénériennes : "J’ai une queue qui ne va pas – celle de l’Odéon. Pourriez-vous soigner cela." ; le médecin lui répond : "Celles que je soigne ordinairement sont riches et longues… enfin j’essayerai."

Les artistes peintres, dont les pages sont les plus marquantes puisque souvent enrichies de dessins originaux, dont certains sont légendés par Mallarmé. Signalons : Gustave Doré (portrait de Méry Laurent), Paul Baudry (portrait de Méry Laurent, avec poème), Alfred Grévin (portrait de Méry Laurent), Henry Dupray (3 dessins : calèche transportant Méry ; groupe de trois amis -- Manet, Mallarmé et l’artiste -- se rendant à l’atelier de Manet ; cuirassier), Alphonse de Neuville (militaire), Jean-Jacques Henner (femme agenouillée, avec cette légende : "une magdeleine [sic] repentante ou une personne à laquelle les cèpes n’ont pas réussi"; à la page suivante, un gros étron surmonté de mouches, signé de manière apocryphe "Zola", daté "Merdan" [sic]), Nadar, Lambert ("peintre de chats" qui, pour une fois, représente un chien, "emblème de fidélité éternelle"), Henry de Senne (chienne habillée en dame), Gustave Mardoche Neymark (homme attablé), Julien Le Blant (jeune homme), François Coppée (chatte, avec la légende de Mallarmé : "Cette chatte humble et tendre à qui l’attache / Porte un paraphe illustre pour moustache"), probablement Hector Giacomelli -- mais il pourrait s'agir aussi de Coppée -- (2 dessins à l’encre de Chine et crayons de couleur, chacun légendé avec humour par Stéphane Mallarmé : - groupe de 25 insectes et animaux (crevette, poisson, sauterelles, grenouilles, sur une double page), avec ces textes : "Dans ce monde ailé, rampant / Le talent n’omit qu’un paon" (allusion à Méry Laurent) et : "Gourmand comme un chanoine ou comme une abbesse / Je vois sur ce feuillet une bouillabaisse" ; - Singes et perroquet, légendé de ce quatrain : "La descendance d’un singe / Folle et vierge de tout linge / Se berce en grappe jusqu’au / Perchoir, où songe Coco") ; Giacomelli a aussi réalisé 6 caricatures de Sadi Carnot, une femme nue ; etc.

Les hommes de lettres : Alexandre Dumas fils ("Vous semblez, madame, un marbre de Paros ciselé par un sculpteur grec en délire !"), Victorien Sardou, Jean Richepin, Félicien Champsaur… et bien sûr Stéphane Mallarmé.

Méry elle-même a ainsi inscrit sur son carnet : "Vivre seule c’est la mort / Vivre à deux c’est la vie. / L’amour c’est l’immortalité. / Méry / P.S. : à trois c’est l’agonie".

Parfois lestes, ces autographes illustrent la fascination que Méry Laurent exerçait, par ses charmes comme par ses talents, sur son cénacle masculin. Citons par exemple Nadar : "Impossible de photographier mon cœur quand / je vous vois… mon cœur bouge tout le temps !" ; Alphonse Laffitte se lamente : "Paris a vingt arrondissements. Que n’êtes-vous la Méry du mien" ; son amie Mme Favart la complimente : "En vous voyant si belle chacun s’écrie : / Je voudrais bien passer à la Mairie !").

Mallarmé, Stéphane. "La Guirlande à Méry" 89 poèmes manuscrits autographes. Contributeur le plus prolixe de l’album, Mallarmé offrit, à celle qui avait "ce mignon travers / De comprendre un peu mes vers", pas moins de 49 distiques, 36 quatrains et 4 poèmes de chacun 4 quatrains, soit un total de 274 vers.

Les interventions de Mallarmé n’apparaissent pas dans la première partie de l’album : il semble n’être devenu un familier de Méry Laurent qu’à partir de 1884. Une partie de ces pièces se mélange aux autres contributions ; une autre, plus importante et intitulée La Guirlande à Méry, occupe de manière continue toutes les dernières pages, l’ouvrage tenu à l’envers.

- Vers de circonstance. La plupart de ces pièces, distiques ou quatrains, ont souvent été composées pour un événement particulier -- anniversaire de Méry, Noël, Nouvel An, Pâques (les vers "Sur Quatre œufs rouges"), envoi d’une théière, etc. -- ou font aimablement allusion directement à Méry Laurent ou à leurs amis -- François Coppée, Édouard Dujardin, Edmond Fournier, les filles Cazalis, le Dr Evans ou Auguste Renoir.
À titre d’exemple, citons quelques vers évoquant Méry Laurent : "On pourrait bien fouiller l’Europe et l’Améri / Que avant de rien trouver qui ressemble à Méry", ainsi signé : "visé, estampillé, et certifié par Stéphane Mallarmé" ; -- "Tu choisis ton temps pour renaître ! / Tout, de la fleur ivre et debout / Jusqu’au rayon de la fenêtre, / Sourit, et tu fais comme tout, monogrammé et daté 1er avril 1892 ; -- "Une rose d’été, sans que rien d’amer y / Séjourne, épanouie et blanche, c’est Méry" ; -- "A Madame Méry Laurent / qui m’avait gracieusement prêté l’un de ses mouchoirs quand je manquais du mien / en le lui rendant blanchi. Belle, ne laissez jamais choir / de larmes sur ce fin mouchoir" ; -- "Méry Laurent qu’on croirait une sainte / Caresse aussi la bouteille d’absinthe" ; "Une dame à qui j’ai donné le nom de paon / Possède, paraît-il, un fort joli tympan", etc.

Ces vers sont tous repris dans les Vers de circonstance de l’édition des Œuvres complètes (I, 241-362).

- 4 longs poèmes. D’une autre inspiration, ces pièces de quatre strophes chacune, ont probablement été copiées en 1887 :
Comme une négresse par… [1887]. Il s’agit d’un poème ancien de Mallarmé, certainement composé à la fin de l’année 1864 ; il fut publié dans Le Nouveau Parnasse satyrique du XIXe siècle (1866), puis repris dans Poésies (1887). C’est peut-être à l’époque de cette dernière publication que Mallarmé l’a copié dans l’album, en même temps que les 2 suivants. (Œuvres complètes, I, p. 55).
- A Méry. Sonnet (Idem, p. 352-353).
Sans trop d’aurore à la fois enflammant… Daté 1er janvier 1888. Poème écrit pour Méry Laurent en 1887, publié sans la mention de Méry, la dédicataire, dans Le Figaro en 1896 (Idem, p. 56).
- The Whirlwind. Whistler ayant demandé à Mallarmé un sonnet pour la revue The Whirlwind, le poète composa ces vers, qui associent le nom du peintre à celui de la revue ("Tourbillon"). Il fut publié dans The Whirlwind du 15 novembre 1890 (Idem, p. 34).

- 5 dessins originaux. Mallarmé enrichit également l’album de 5 dessins, dont 4 représentent Méry Laurent en paon (l’un légendé : "Méry discourant aux terrassiers", allusion à la reconstruction de sa propriété des Talus entre novembre 1890 et 1892 ; un autre très grand, figure un paon majestueux sur la cheminée des Talus) ; un autre figure une bouteille de médicament portant l’étiquette "Pancréatines Méry-Laurent", avec ce distique : "Ta plume à mon doigt se satine / Ô Paon (qui n’est pas – créatine)."

[On joint :]
Coppée, François. Enveloppe illustrée, à l'adresse de Méry Laurent. Cachet 11 novembre 1893. Coppée représentait Méry en chat, comme Mallarmé la figurait en paon.
Carte de visite de Méry Laurent.

Exposition : Mallarmé , Musée d'Orsay, 1998, cat. n° 212, repr. p. 35 et 177.

Références : La Guirlande à Méry. L’Album de Méry Laurent, édité par B. Marchal. Paris, Les Malassis, Éditions des Équateurs, 2013. Tous les poèmes et dessins sont reproduits en fac-similé, avec retranscriptions et notes de B. Marchal, qui a aussi identifié les scripteurs et illustrateurs.
Cependant, il faut souligner que les attributions à ces artistes et auteurs (à l'exception de Mallarmé) ne sont pas toujours absolument certaines : comme nous l'a signalé B. Marchal, que nous remercions vivement, plusieurs signatures pourraient être des canulars de potaches, comme en témoigne à l'évidence le dessin signé Zola et daté "Merdan" (il en serait de même pour Offenbach).


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