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Baudelaire, Charles
LES FLEURS DU MAL. PARIS, POULET-MALASSIS ET DE BROISE, 1861.
Schätzung
80.000120.000
Los Verkauft 363,000 EUR (Hammerpreis mit Käuferprovision)
ZU LOS SPRINGEN
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Baudelaire, Charles
LES FLEURS DU MAL. PARIS, POULET-MALASSIS ET DE BROISE, 1861.
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80.000120.000
Los Verkauft 363,000 EUR (Hammerpreis mit Käuferprovision)
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De la bibliothèque Stéphane Mallarmé

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Paris

Baudelaire, Charles
LES FLEURS DU MAL. PARIS, POULET-MALASSIS ET DE BROISE, 1861.
In-12 (182 x 157 mm). Demi-chagrin noir, dos à nerfs, titre doré (Reliure de l’époque). Sous chemise-étui d’Alix.
Coupes, coins et tête frottés, rousseurs éparses, surtout sur les premiers feuillets et le portrait, petite mouillure dans la marge inférieure des feuillets manuscrits.

Exceptionnel exemplaire de Mallarmé, relié pour lui, avec les 6 pièces condamnées recopiées de sa main, à l'âge de 19 ans.

Deuxième édition, en partie originale (35 nouveaux poèmes dont "L’Albatros", "Le Voyage"...), sans les pièces condamnées.

Frontispice gravé à l’eau-forte par Félix Bracquemond, souvent manquant. Celui des 3 états avec le nom de Baudelaire en écriture cursive et les signatures de Bracquemond et de Delâtre. Ce portrait de Baudelaire fut exécuté directement sur cuivre, sans dessin intermédiaire, après un premier frontispice macabre refusé par l’écrivain. Monté sur onglet.

Ex-libris autographe de Mallarmé sur la page de faux-titre, avec la date 1861.

Cet exemplaire porte plusieurs autres interventions manuscrites de Mallarmé :
- Copie de l’épigraphe d’Agrippa d’Aubigné, au crayon rouge, au verso de la dédicace à Gautier ;
- Copie de la note de Baudelaire de l’édition de 1857 pour "Franciscae meae laudes" (p. 139), au crayon rouge ;
- Copie de la note de Baudelaire de l’édition 1857 pour "Révolte" (p. 281), au crayon rouge.
- les 6 poèmes condamnés, censurés dans cette deuxième édition, ont été recopiés par Mallarmé à la fin de l'exemplaire: "Les Bijoux", "Le Léthé", "À celle qui est trop gaie", "Les Métamorphoses du Vampire", "Lesbos", "Femmes damnées". Ces feuillets ont été paginés par Mallarmé de 1 à 20, précédés d’une page de titre autographe.
- On trouve en outre de petites marques de lecture dans les marges de : ”Hymne à la beauté” (p. 52), "La Chevelure" (p. 55), "Le Possédé" (p. 85), "Confession" (p. 104), "L’Irrémédiable" (p. 189), "L’Horloge" (p. 191), "Le Soleil" (p. 198), "Les Petites Vieilles" (p. 212 et 213) et "Allégorie" (p. 271).

"Ce fut une possession, quelque chose à rendre fou" (Henri de Régnier, à propos de cet exemplaire).
C’est probablement Émile Deschamps (1791-1871), poète excentrique, ami de la famille, voisin versaillais de Mallarmé, qui fit découvrir au jeune homme de quinze ans Les Fleurs du Mal. Deschamps, qui avait été un admirateur de la première heure de Baudelaire et avait publié dans Le Présent un article en vers pour louer son œuvre, possédait l’édition originale de 1857. En 1860, pour se distraire de la compagnie de ses grands-parents Desmolins, Mallarmé rend visite au vieux Deschamps qui lui ouvre les portes de sa bibliothèque. Mallarmé passe alors plusieurs après-midi à recopier une trentaine de poèmes des introuvables Fleurs du Mal dans des cahiers, avec des pièces de Poe, Sainte-Beuve, Hugo, Théophile de Viau... "Mallarmé dans ces pages découvre tour à tour une forme d’érotisme, une extrême sensualité, un sens du blasphème, une perception raffinée qui permet, en des termes allégoriques, de tout dire, surtout l’indécent et l’irrémédiable", écrit Steinmetz (p. 46). Le biographe décrit alors "un événement de la plus haute importance" au début de l'année 1861 : la réédition expurgée des Fleurs du Mal. Mallarmé "se procure le précieux livre, peut-être trouvé au fond d’une boutique de province comme le signalera Régnier, fin octobre 1887, dans son journal d’après une confidence de Mallarmé aux Mardis. […] Avec émotion et la plus grande des curiosités, il feuillette ces pages où il retrouve, souvent modifié, quelques-uns des textes qu’il avait recopiés l’an passé. Toute sa vie, il conservera ce volume. Et plus tard le fera relier. Il y ajoutera bientôt, copiées de sa main, les fameuses pièces interdites. Baudelaire occupait déjà une place de choix dans son panthéon personnel."

L’influence de Baudelaire sur le jeune poète est profonde et durable. Si sa production lycéenne témoigne de l’influence de Victor Hugo, ses premières œuvres abouties attestent de sa lecture assidue des Fleurs du Mal. Le premier poème qu’il publia, l’année suivant cette édition, en est inspiré (voir lot 97), comme le seront ses poèmes parus dans le Parnasse contemporain en 1866. L’addiction baudelairienne est telle que, dès 1867, il reconnaît avoir besoin d’un véritable sevrage pour parvenir à se détacher de l’emprise du Maître. "S’en séparera-t-il comme moi de Baudelaire ?" se demande-t-il de Dierx à propos de Leconte de Lisle. Peut-être est-ce là le sens de l'hommage qu’il écrira dans le Tombeau de Charles Baudelaire en 1895 : "poison tutélaire / Toujours à respirer si nous en périssons" ? C’est aussi "à la mémoire de Baudelaire et à celle de Poe" qu’il entendait en 1870 dédier sa thèse, vite abandonnée, sur le langage. C’est dans la continuité de Baudelaire qu’il entreprit dans les années 1870 de traduire les poèmes de Poe.

Expositions : Baudelaire/Paris, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 17 novembre 1993-15 février 1994, cat. n° 412. -- Mallarmé, Musée d'Orsay, 1998, cat. n° 118 et p. 120-124.

Références : G. Oberlé, Auguste Poulet-Malassis, n° 216.


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