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Exceptionnelle écuelle couverte et son présentoir en vermeil par Thomas Germain, Paris, 1722-1723 (poinçons difficilement lisibles)
AN EXCEPTIONAL FRENCH SILVER-GILT ECUELLE, COVER AND STAND, THOMAS GERMAIN (MARK DIFFICULT TO READ), PARIS, 1722-1723
Schätzung
500.000700.000
Los Verkauft 540,750 EUR (Hammerpreis mit Käuferprovision)
ZU LOS SPRINGEN
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Exceptionnelle écuelle couverte et son présentoir en vermeil par Thomas Germain, Paris, 1722-1723 (poinçons difficilement lisibles)
AN EXCEPTIONAL FRENCH SILVER-GILT ECUELLE, COVER AND STAND, THOMAS GERMAIN (MARK DIFFICULT TO READ), PARIS, 1722-1723
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Collection Raymond et Pierre Jourdan-Barry, Collection d’Orfèvrerie Française des XVIIe et XVIIIe Siècles

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Paris

Exceptionnelle écuelle couverte et son présentoir en vermeil par Thomas Germain, Paris, 1722-1723 (poinçons difficilement lisibles)
AN EXCEPTIONAL FRENCH SILVER-GILT ECUELLE, COVER AND STAND, THOMAS GERMAIN (MARK DIFFICULT TO READ), PARIS, 1722-1723
les oreilles ciselées de rinceaux, rubans, guirlandes de fleurs d'acanthe sur fond amati, les extrémités agrafées de coquilles, le couvercle à bord mouluré d'une frise d'oves, la doucine soulignée d'une frise festonnée de postes amaties ; la prise en bouton rayonnant reposant sur une terrasse de godrons ceinturée d'une frise ciselée de quartefeuilles dans des motifs losangés amatis, le présentoir à bord mouluré d'une frise d'oves, dans un écrin en maroquin noir gainé de daim rouge
Long 31 cm, 1 845 g ; 12 1/4 in, 59oz 6dwt
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the handles chased with scrolls, ribbons and rosettes on matted ground, shell finials, the cover with ovolo border, the cover with a matted frieze of scrolls, the gadrooned finial on gadrooned terrace with a chased frieze of quartefoils within motives shaped as lozenges on matted ground, the circular stand with ovolo border

Provenienz

Vente Couturier, Paris, 21 février 1978, n° 99, où les poinçons d'orfèvre et de jurande sont décrits comme illisibles.

 

Katalognotizen

L'écuelle dans l'oeuvre de Thomas Germain

Au regard des connaissances actuelles, cette écuelle est la pièce civile la plus ancienne que l'on connaisse de cet orfèvre, le plus célèbre de tous les temps avec Benvenutto Cellini.

Outre six écuelles répertoriées entre 1735 et 1748 et aujourd'hui disparues, seules deux écuelles de sa main subsistent : l'une, également en vermeil, gravée aux armes du cardinal Motta da Silva, datant de 1733-1734, est aujourd'hui dans les collections du musée du Louvre. La seconde, 1735-1738, présentant un couvercle assez proche de celle du Louvre, avec un présentoir associé postérieur par Antoine Plot, a figuré dans la vente Sotheby's Genève du 12 novembre 1985, sous le numéro 39, puis dans la collection Pierre Jourdan-Barry, illustrée dans l'ouvrage Orfèvrerie française, la collection Jourdan-Barry, n° 164, p. 67.
Nous avons mis en présence notre écuelle avec celle du Louvre grâce à l'amabilté de Marc Bascou et Michèle Bimbenet-Privat.
Les analogies au niveau de la frise de postes du couvercle de l'écuelle du Louvre et la nôtre sont nombreuses, même s'il est difficile d'établir de façon péremptoire qu'il s'agit de la même main. Cependant, il ne faut pas oublier que celle du Louvre est postérieure de plus de dix ans. La nôtre inscrit parfaitement son iconographie dans la période Régence. La qualité de la frise de quartefeuilles autour de la prise du couvercle est empreinte d'une indéniable virtuosité.
D'autre part, la frise d'oves du bord de notre présentoir est extrêmement proche de celle du bord du plateau de l'écritoire du cardinal da Cunha, également au Louvre.

Celle de la collection Jourdan-Barry présente une qualité qui la place derechef entre les mains d'un très grand orfèvre. Autre point de concordance, le poids très dense, que l'on note également sur celle du Louvre, en particulier en ce qui concerne les couvercles.

Les poinçons, bien que peu lisibles, permettent de lire en partie le poinçon d'orfèvre à l'intérieur du couvercle. La lettre T est très lisible à gauche, et la partie du différent lisible indique la présence de la Toison d'Or, différent très particulier de Germain. Nous avons recherché scrupuleusement les orfèvres de cette époque qui pourraient adhérer à cette partie de poinçon et seul Thomas Germain peut y prétendre.

Thomas Germain

La vie et l'oeuvre de cet orfèvre, le plus illustre du XVIIIe siècle, ont surtout été étudiées dans deux publications, celle de Germain Bapst, dans ses Etudes sur l'Orfèvrerie française au XVIIIe siècle, les Germain Orfèvres-Sculpteurs du Roy, Rouam, 1887 et celle, plus axée sur son fils François-Thomas, menée par Christiane Perrin, François-Thomas Germain, orfèvre des rois, Monelle Hayot, 1993.

Thomas est né en 1673 à Paris. Il est fils et petit-fils d'orfèvres, tant du côté paternel que maternel. Son père Pierre avait épousé Marguerite Décour d'où naquirent sept enfants, Thomas étant l'aîné. Il a onze ans lorsque son père meurt. Son oncle et tuteur le place chez le peintre Bon Boulongne.
A l'âge de 15 ans, il est envoyé, sous l'égide de Louvois, directeur général des Bâtiments, à Rome pour parfaire sa formation. Il y restera jusqu'en 1701. Une de ses oeuvres peut encore y être admirée: la balustrade en bronze de l'autel de Saint Ignace dans l'église du Gesù. Le sculpteur Pierre Legros II reçoit, fort jeune, cette commande des Jésuites en 1698 et il s'adjoint la compétence de Thomas pour le parement des statues représentant des putti. Ce travail inspirera certainement l'orfèvre dans sa commande pour la cour du Portugal où il reprendra ce thème pour les chandeliers à décor de pommiers. Germain fréquentera à Rome l'atelier de l'illustre Giovanni Giardini. C'est dans la ville éternelle qu'il glanera les décors baroques qu'il adaptera à l'orfèvrerie pour la faire entrer dans le style rocaille dès la fin des années 1720.
Peu de temps après son retour à Paris, il reçoit, en 1706, la commande d'un encensoir en argent pour la chapelle de Fontainebleau, puis entre 1716 et 1718, celle d'un ostensoir en argent et d'un grand  ensemble de quatre pique-cierges et un crucifix en bronze pour le maître-autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Il est intéressant de noter que Thomas Germain n'a pas encore accédé à la maîtrise, bien que dénommé orfèvre-sculpteur du Roi dès 1706! Il est reçu maître le 30 janvier 1720 sous la caution de son beau-frère Léonor Lagneau. Dès 1723, il est confirmé sculpteur-orfèvre du Roi. Nommé orfèvre privilégié, il a le droit de fournir des pièces en bronze doré comme des girandoles pour une cheminée ou  des chenêts. En 1722, il fournit le "grand soleil" (ostensoir) que le Roi offre à la cathédrale de Reims à l'occasion de son sacre. En 1723, il habite les Galeries du Louvre. En 1727, il livre au Roi deux saucières et un moutardier en or. Selon son fils, Thomas est " bon sculpteur, bon modeleur, bon dessinateur et bon architecte". Sur ses plans est bâtie en 1738 l'église Saint Thomas du Louvre qui deviendra Saint Louis du Louvre, avant d'être démolie en 1811. Thomas Germain y sera inhumé. Il est également l'auteur d'un traité de géométrie. En 1724, Thomas s'installe rue des Orties, contre le Louvre ; son atelier restera là plus de quarante ans, occupant près de d'une vintaine d'ouvriers. La raison de ce déménagement était qu'il était impossible d'aménager des forges dans les galeries du Louvre. Thomas Germain n'a, semble-t'il, jamais fait appel à des sous-traitants. Tous ses contemporains  s'accordent pour louer sa conscience professionnelle. Germain Bapst relève les propos de l'Abbé Lambert: il ne laissait jamais rien paraitre qui ne fut de sa composition et qui n'ait jamais été dessinné, modelé et ciselé de sa main". Mendes de Gois, le diplomate portugais, écrit à son propos cet homme travaille jour et nuit comme un galérien.
Thomas Germain se partageait avec Besnier et Claude II Ballin les commandes du Roi, mais il semble que sa clientèle étrangère ait été plus considérable. A partir de 1745, il obtient des commandes de la marquise de Pompadour dont des "flambeaux à figure" dits flambeaux Dianne Pompadour.

Entre 1725 et 1733, Germain livre cinq services de toilette à des cours étrangères et deux cadenas en or à l'empereur Charles VI d'Autriche. A la cour de France, il est le fournisseur exclusif des hochets des princes et fournit aussi des pommeaux de cannes.

Les commandes de la ville de Paris affluent à partir de 1734, année où elle demande à Germain d'exécuter la petite épée en or pour le Dauphin, puis, en 1739, quatre douzaines d'assiettes en vermeil à destination de l'architecte Gabriel, en 1739 et 1741 des écritoires pour les avocats généraux d'Ormesson et Gilbert de Voisins. En 1738, il est élu échevin.

Pierre Germain, l'auteur homonyme, en 1748, des Eléments d'Orfèvrerie, appelé le Romain, n'a aucune parenté avec Thomas, mais il travailla dans son atelier au moins en 1726-1727.


En 1736, il commande à Nicolas de Largillière le double portrait le représentant avec Anne-Denise Gauchelet, sa femme, aujourd'hui au musée Calouste Gulbenkian à Lisbonne.

Sa réputation est universelle et même Voltaire chante ses louanges:
Et toute votre orfèvrerie
Et ces plats si chers que Germain
A gravés de sa main divine/
Et cet argent fut poli par Germain/
A son souper un surtout de Germain
Et trente plats chargeaient sa table ronde.

En 1739, il reçoit la commande d'une paire de girandoles à cinq lumières en or pour le Roi Louis XV destinées à sa chambre dans son appartement intérieur à Versailles. Il la livrera en 1748, peu de temps avant sa mort qui aura lieu le 14 août 1748

Lors de la vente après décès de sa femme, le 11 décembre 1758, on relève un mobilier de bon aloi dont armoire et bibliothèques de Boule, des tableaux d'Oudry et Van Loo, des vases peints par Rubens, des bagues de brillants, collier de perles, un clavecin et des liqueurs de la Martinique.

On retrouve les oeuvres de Thomas Germain dans les peintures d'Alexandre-François Desportes (1661-1743). Son influence sera également visible dans l'orfèvrerie étrangère, par exemple à Londres (George Wickes), à Copenhague ou à Rome (Luigi Valadier).

Quelques-unes des oeuvres de Thomas Germain dans les musées

France

Louvre: l'écuelle en vermeil pour le cardinal Motta da Silva, l'écritoire pour le cardinal da Cunha (1746), une théière pour le vicomte Bateman (1735), une paire de seaux à rafraîchir (1727) et un plat à ragoût du service Penthièvre, une terrine couverte (1744), un flambeau de bureau en vermeil (1747), une paire de salières (1734) et une paire de flambeaux (1732).

Arts décoratifs: encensoir en bronze doré signé de Germain

Angers: paire de burettes et leur plateau (1741), trésor de la cathédrale

Portugal

Arte antigua: le surtout du duc d'Aveiro (1729)

Gulbenkian : aiguière en jaspe montée en or attribuée à Thomas Germain

Autres

Détroit: terrine couverte en argent et son dormant attribuée à Germain bien que sans poinçon de maître (1729)

Getty : terrine couverte (1744) et paire de terrines non couvertes et leurs plateaux (1726)

Clientèle de Thomas Germain

Portugal: le roi Joao V, la princesse du Brésil, les cardinaux Motta da Silva et da Cunha

Angleterre: le vicomte Bateman, le comte de Berkeley, Lord Ballimbrock

Allemagne: le Grand Electeur de Cologne, le duc d'Arenberg

Espagne: la reine

France: le roi Louis XV, la reine, les financiers Samuel Bernard, Bonnieu de la Mosson, Pajot d'Osembray

Italie: le roi et la reine des Deux-Siciles

Sotheby's remercie vivement Michèle Bimbenet-Privat et Bernard Causse pour leur aide précieuse.

Collection Raymond et Pierre Jourdan-Barry, Collection d’Orfèvrerie Française des XVIIe et XVIIIe Siècles

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Paris