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Exceptionnelle tête commémorative de roi, Edo, Royaume de Benin, Nigeria, XVIII e siècle

, Nigeria
ZU LOS SPRINGEN
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Exceptionnelle tête commémorative de roi, Edo, Royaume de Benin, Nigeria, XVIII e siècle

, Nigeria
ZU LOS SPRINGEN

Important African and Oceanic Art: Collection of Governor Guyon, Adolf Hoffmeister, Christina and Rolf Miehler and Various Owners

|
Paris

Exceptionnelle tête commémorative de roi, Edo, Royaume de Benin, Nigeria, XVIII e siècle

, Nigeria

uhunmwun-elao, représentant un oba identifié par la couronne royale (ede), le bandeau frontal (udahae) orné d'une perle ponctuant le milieu du front et un collier à rangs multiples (odigba), tous composés de perles de corail. La très belle tension du visage projeté vers l'avant est accentuée par la ligne profondément incurvée sur laquelle se placent les grands yeux levés vers le ciel. Très grande finesse du dessin et des modelés aux arêtes marquées. La base en collerette alterne les motifs traditionnels royaux de celts, vaches, trompe d'éléphant et main ; le sommet de la tête est percé d'un trou circulaire.  Superbe qualité de la fonte, patine brun foncé.


haut. 31,5 cm
12 1/2 in
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Provenienz

Ancienne collection Maurice Renou, Paris
Collection particulière, France
Galerie Renou et Poyet, Paris
Collection particulière, New York

Ausgestellt

Les Arts Africains, Cercle Volney, Paris in 1955, n° 34

Katalognotizen

Maurice Renou fonda en 1935 avec Pierre Colle la galerie Renou et Colle qui deviendra, après la seconde guerre mondiale, la galerie Renou et Poyet. Durant l'entre-deux-guerres, Renou et Colle exposent en particulier le peintre Surréaliste et collectionneur d'art amérindien Wolfgang Paalen (1938) et présentent l'année suivante Mexique - exposition organisée par André Breton associant des sculptures anciennes du Mexique et des tableaux de Frida Kahlo. Maurice Renou constitua, essentiellement dans les années 1930, une importante collection personnelle d'art africain, dont plusieurs œuvres furent présentées dans l'exposition Les Arts Africains, organisée en 1955 à Paris par le Cercle Volney. Parmi ses chefs-d'œuvre figurait l'exceptionnelle figure de reliquaire Fang (Gabon) qu'il céda à son ami Georges F. Keller (Morigi, 1980 : 249-251 et couverture).

cf. Von Luschan (1919 : 354, n° 520,521, et pl. 61, AB), et AFAA (19846, n° III) pour des têtes offrant une iconographie et un style comparables, la seconde provenant du Musée des Antiquités Nationales, Paris. Une autre est conservée au Metropolitan Museum of Art, New York, offerte par Alice Bache. Celle présentée ici se distingue à la fois par la très belle tension des courbes du visage et par la superbe qualité de sa fonte.

D'après la classification établie par Dark (1975) et à laquelle on se réfère toujours, cette tête relève du type 4 – têtes avec col haut avec base. S'appuyant sur la datation stylistique proposée par Fagg (1963), il situe ce type dans le courant du XVIIIe siècle. 

Dans le royaume de Bénin, afin de pouvoir accéder au trône, le prétendant à la couronne devait commander la fonte d'une tête en bronze du roi défunt, et ériger un autel commémoratif où ses exploits seraient célébrés. Le culte rendu aux rois défunts permettait à l'oba d'établir un lien avec les anciens détenteurs de l'autorité royale, et de légitimer son propre pouvoir (Plankensteiner, 2007 : 369). Placées sur et au pied de l'autel circulaire en boue, les paires de têtes en laiton étaient placées face à face, chacune surmontée d'une défense en ivoire gravée, dont l'iconographie célébrait les obas et leurs exploits. Selon Paula Ben-Amos (Sotheby's, Paris, 3 décembre 2004 : 26-28), « la tête ne constitue pas un portrait au sens occidental du terme, mais une image idéalisée du roi mettant en valeur ses immenses pouvoirs mystiques (auxquels font allusion les motifs ornant la collerette), tirés des quatre domaines cosmologiques : ciel, brousse, palais et eau ». A l'avant et sur le côté de la collerette sont figurés des celts nommés en bini « hache de tonnerre », objet que les Bini croient lancés du ciel par Ogiuwu, dieu de la mort, lorsqu'il gronde de colère. Les têtes de vaches représenteraient, selon Ben- Amos (idem), les offrandes réalisées lors du sacrifice, tandis que le motif de la trompe d'éléphant se terminant en une main humaine évoque le pouvoir du chef à vaincre ses ennemis.

Selon la tradition orale, l'utilisation de têtes en bronze a débuté du XIVe siècle, sous l'oba Oguola. Elles apparaissent pour la première fois dans les récits européens grâce à la description faite au début du XVIIIe siècle par le visiteur hollandais David van Nyandael qui vit sur un autel royal « onze têtes d'homme moulées dans le cuivre, toutes surmontées d'une défense d'éléphant, ceux-ci faisant partie des dieux du roi» (cité dans Roth, 1968 : 162).

Célébrant l'autorité politique et religieuse de l'oba, les têtes commémoratives du Royaume de Benin constituent les œuvres les plus emblématiques de l'art royal en Afrique. Celle-ci offre l'une des plus belles illustrations du style considéré s'être développé à Benin au XVIIIe siècle.

An exceptional Benin royal commemorative head of an Oba, Edo, Kingdom of Benin, Nigeria, 18th Century

In 1935 Maurice Renou and Pierre Colle founded Galerie Renou et Colle, which after the second world war became Galerie Renou et Poyet. During the inter-war period, Renou and Colle exhibited the work of the Surrealist painter and collector of American Indian art, Wolfgang Paalen (1938), and in the following year 'Mexique', an exhibition organised by André Breton, combining old Mexican sculptures with the paintings of Frida Kahlo. In the 1930s Maurice Renou formed an important personal collection of African art, with several pieces from his collection presented in the 1955 exhibition 'Les Arts Africains', organised by le Cercle Volney. One of the masterpieces in his collection was the exceptional Fang reliquary figure which he gave to his friend Georges F. Keller (Morigi, 1980: 249-251 and reproduced on the cover).

See Von Luschan (1919 : 354, no. 520,521, & pl. 61, AB), and AFAA (19846, no. III) for heads of comparable style and iconography, the latter from the Musée des Antiquités Nationales, Paris. Another example is conserved in the Metropolitan Museum of Art, New York, donated to the museum by Alice Bache. This example is distinguished both by the beautiful tension of the curves of the face and by the quality of the casting.

According to the classification established by Dark (1975), this head is an example of type 4 – heads with a high collar and a flanged base. Based on the system for stylistic dating suggested by Fagg (1963), this example can be placed in the 18th century.

Before ascending to the throne in the kingdom of Benin, the pretender to the crown had to order the manufacture of a bronze head of the deceased oba, and to set up a commemorative altar where his exploits could be celebrated. The veneration shown to the deceased obas allowed the oba to establish a bond with his predecessors, and to legitimatise his own rule (Plankensteiner, 2007: 369). Placed both atop and at the base of the circular altar of mud, the pair of bronze heads were placed face to face, each one surmounted by an engraved ivory tusk decorated with scenes which celebrated the obas and their achievements. According to Paula Ben-Amos (Sotheby's, Paris, 3 December 2004: 26-28), 'the head is not a portrait in the Western sense, but instead an idealised image of the king emphasizing his immense mystical powers (alluded to in the motifs which decorate the flanged base), which are taken from four cosmological realms: the sky, the bush, home, and water.' At the centre of the front and the back is a celt, or 'thunder axe', an object which the Bini believed the god of death, Ogiuwu, hurled from the sky when enraged. According to Ben-Amos (ibid.), the cow's heads represent sacrificial offerings, while the motif of the elephant trunk ending in a human hand evokes the leader's power to vanquish his enemies.

According to oral tradition, the use of bronze heads began at the beginning of the 14th century, under the Oba Oguola. They first appear in European records in the account of a Dutch visitor, David van Nyandael, who at the beginning of the 18th century described seeing a royal altar with 'eleven men's heads cast in copper, all of them surmounted by an elephant's tusk, these being the King's gods' (cited in Roth, 1968: 162).

Celebrating the Oba's political and religious authority, the commemorative heads of the Kingdom of Benin are the most emblematic images of the art of African royalty. The offered example is one of the finest illustrations of the style believed to have been cast in Benin in the 18th century.

 

Important African and Oceanic Art: Collection of Governor Guyon, Adolf Hoffmeister, Christina and Rolf Miehler and Various Owners

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